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Réunion publique à Montsalvy (Cantal)

Montsalvy, le 28 novembre 2015.
Réunion publique pour faire face à un projet éolien industriel sur la commune de Lévinhac (châtaigneraie cantalienne) — Information sur le projet éolien du plateau de Coyan après le refus préfectoral d'accorder le permis...

Réunion à Montsalvy-éoliennes non merci
Réunion à la salle des fêtes de Montsalvy, le 28 novembre 2015
C'est une décision du conseil municipal de Ladinhac (Châtaigneraie cantalienne) qui est à l'origine de cette réunion, le maire de ce village ayant reçu pouvoir de s'entendre avec un promoteur (Enertrag) pour permettre à celui-ci d'entreprendre des travaux d'études avant une éventuelle implantation éolienne sur la commune. — C'est ce qu'explique M. Jean-Marc Couchinoux, habitant de Sansac-Veinazès. — Deux communes voisines ont également été approchées, mais c'est seulement à Ladinhac que la procédure est à ce jour enclenchée. — Le cas de Ladinhac illustre un fait fréquent lorsque les promoteurs démarchent les mairies. Souvent pris au dépourvu, les conseillers municipaux permettent aux études de démarrer tout en pensant ne pas être engagés pour la suite. Or, ces études impliquent des travaux (pose d'un mat de mesure, etc). Si ultérieurement le regard des municipalités se précise et devient moins favorable au projet, les promoteurs auront beau jeu de mettre en avant le temps passé et les frais engagés pour accentuer leur pression et tenter de gagner la mise.


L'association Vent de la châtaigne, à laquelle appartient M. Couchinoux, a été crée il y a quelques années lorsqu'un projet de ZDE (zone de développement de l'éolien) avait été présenté.
Jean-Marc Couchinoux, Association vent de la châtaigne
Cette ZDE concernait la communauté de communes Cère et Rance en Châtaigneraie ainsi que la communauté Pays de Montsalvy. Cette dernière s'était opposée au projet qui avait alors été annulé. — Entre temps, un changement législatif est intervenu. Depuis 2013, les ZDE n'existent plus. Le nouveau système, salué par le Syndicat des Energies Renouvelables, est beaucoup plus favorable aux opérateurs de la filière éolienne.

En ouvrant la réunion, M. Jean-Claude Muet, de Ladinhac, indique que cette soirée se veut un moment d'information et d'échange dans une ambiance d'écoute réciproque. — Il passe ensuite la parole au premier intervenant, M. Alain Lhéritier, de Marcolès, président de Vent de la châtaigne. — L'exposé de M. Lhéritier, powerpoint à l'appui, va mettre en perspective l'éolien comme mode de production d'électricité.

Le gigantisme de l'appareillage

Hauteur des mats : 90-100 m ; hauteur totale : 150-180 m ; poids des structures : 350 T ; poids des socles : 1000 T.

Alain Lhéritier, Association vent de la châtaigne
Alain Lhéritier, Association vent de la châtaigne

Décalage entre capacité de production et production effective

Comme le solaire, l'éolien dépend des conditions atmosphériques. De là une grande irrégularité de production et des moyennes d'énergies générées bien inférieures au potentiel installé. Sur une année, la production d'un aérogénérateur ne correspond qu'à 23% de sa capacité. Autrement dit, une turbine éolienne de 2 MW ne produit en moyenne guère plus de 400 KW. — Une personne dans la salle illustre le recours aux centrales thermiques lors des périodes de vent insuffisant ou excessif. Cette personne donne comme exemple une centrale à gaz de 400 MW récemment construite au bord de l'ancienne RN9 près de Saint-Pourçain (Allier). L'éolien n'est pas une alternative aux centrales thermiques, les deux se complètent.

De nouveaux schémas régionaux très accueillants pour les implantations éoliennes

M. Lhéritier évoque ensuite le cadre législatif devenu plus souple depuis la loi Brottes (2013). Suppression des ZDE encadrées par les communautés de communes,
Alain Lhéritier, Association vent de la châtaigne
suppression du minimum de 5 mats par implantation (mesure qui était destinée à freiner les effets d'éparpillement excessif ou mitage). Désormais, le cadre est fixé par des schémas régionaux éoliens. En ce qui concerne l'Auvergne le territoire potentiel offert à l'industrie éolienne comprend 900 communes sur les 1300 que compte la région. Quant à la Châtagneraie cantalienne, elle est, selon le schéma régional, totalement « éolo»-compatible.

Les aérogénérateurs terrestres sont à 100% des équipements importés

M. Lhéritier démystifie au passage l'image d'industrie locale que prétendent incarner les promoteurs. Pour ce qui est des éoliennes terrestres, elles sont exclusivement de fabrication danoise, allemande ou espagnole.

Vous avez dit CSPE ?

La « contribution au service public de l'électricité » est ensuite évoquée. Il s'agit de la taxe prélevée sur les consommateurs (particuliers et entreprises) qui sert à sur-payer le kWh d'électricité renouvelable. EDF encaisse cette taxe dont une des fonctions est de compenser les prix surévalués (incitatifs) auxquels elle achète l'électricité aux opérateurs d'électricité renouvelable (La situation d'EDF dans ce dispositif est complexifiée par le fait qu'un de ses fournisseurs est aussi l'une de ses filiales, EDF Énergies nouvelles). Quoiqu'il en soit, la CSPE est une ponction sur les consommateurs ayant pour effet d'accroître les profits des opérateurs électriques. — Sur ce point, nous pouvons nous référer à nos factures d'électricité et à cet article de Que choisir ? : Facture EDF Une CSPE mal maîtrisée.

Revenus encaissés par les propriétaires de terrain, par les communautés de communes et les départements

Les contrats de bail prévoient souvent un loyer annuel pour le propriétaire du terrain de 2500 euros par MW installé (Un propriétaire accueillant 3 éoliennes de 2 MW sur son terrain toucherait donc 15000 euros par an).
Alain Lhéritier, Association vent de la châtaigne
— Quant aux collectivités locales, elles touchent l'IFER (Imposition forfaitaire sur les entreprises de réseau) et la CFE/CVAE (Cotisation foncière des entreprises/Cotisation sur la valeur ajouté des entreprises). L'IFER se monte à 7000 euros le MW installé, la CFE/CVAE à 3500 euros, soit, globalement, à un peu plus de 10000 euros. Pour un parc de 20 MW cela correspond à un revenu pour les collectivités locales de 200000 euros environ (environ 60000 pour la communauté de communes, 140000 pour le département). — Ces rentes liées à l'éolien sont à mettre en balance avec une dévalorisation du patrimoine immobilier et une possible baisse de l'activité économique suite à une perte d'attractivité du territoire.

La situation du Cantal dans la production d'électricité

Le Cantal est déjà un important producteur d'énergie renouvelable, il s'agit d'un des principaux départements pour l'hydro-électricité. Le bois-énergie a de l'avenir. On parle de plus en plus de la géothermie, surtout du côté de Chaudes-Aigues. Le photovoltaïque peut se développer car le Cantal est relativement bien ensoleillé. Le solaire partage avec l'éolien un caractère intermittent et a un coût du KWh plus élevé que l'éolien. — Le premier parc éolien du Cantal a été implanté en 2007 (Coren-Col de la Fageole). En mai 2015, on comptait neuf implantations en activité, essentiellement dans l'est du département (Source : energies-renouvelables.org) . Un parc éolien est actuellement en construction dans l'ouest du Cantal, à cheval sur la limite avec le Lot (Saint-Soury).

M. Michel de Barrau (association Vent des crêtes) communique les dernières informations sur le projet contesté du plateau du Coyan (aux abords du Puy Mary et du Plomb du Cantal).
M. Michel de Barrau

Après la mobilisation d'associations et dans un contexte où les maires des communes concernées (Polminhac et Velzic) sont favorables au projet, plusieurs organismes ont rendu un avis défavorable. Le commissaire enquêteur, la commission des sites et paysages du Cantal, le Puy Mary-Grand Site de France, tous ont donné une réponse négative. — Finalement, le préfet du Cantal a décidé de ne pas autoriser le projet (décision rendue le 30 juin 2015). — EDF énergies nouvelles a alors déposé un recours auprès du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

Débat dans la salle

Seule une cinquantaine de personnes étaient présentes. Petite erreur de timing, expliquent les organisateurs. En effet, le même soir avait lieu le fameux repas des pompiers, une institution à Montsalvy. Cette réjouissance aura fait un peu d'ombre à la réunion. Pas de quoi s'alarmer, l'affaire étant prise à un stade assez précoce...

Si le maire de Ladinhac était absent, deux autres maires du secteur étaient présents (ceux de Calvinet et de Cassagniouze). L'un deux, sans exprimer un clair parti-pris, a contribué à animer la réunion. Cet élu a cherché à ramener les enjeux à une question de droit et de légalité, tout en défendant le droit de propriété. À la suite de quoi M. Muet a eu recours à la Déclaration des droits de l'homme pour un rappeler certains principes. Il a ensuite mis en balance les intérêts financiers des opérateurs et le droit de chacun à jouir des paysages. M. Lhéritier explique qu'il lui semble conforme aux attributions des élus de se prononcer sur ces projets, vu leur impact sur tout un chacun et sur les territoires. — L'importance de la période accordée aux enquêtes publiques est rappelée et une personne s'inquiète que les commissaires-enquêteurs soient rémunérés par les promoteurs (Ce qui n'a toutefois pas empêché le commissaire-enquêteur pour le plateau du Coyan d'exprimer un avis défavorable). — Une autre personne met en avant le sentiment d'appartenance. Selon elle, les opérateurs interviennent sur des territoires auxquels il n'appartiennent pas. Elle conclut en exprimant un sentiment largement partagé :

« Si je suis venue vivre dans la campagne,
c'est pas pour avoir ça en face de chez moi ! »


Associations à l'initiative de la réunion :
Liens :